Le 2 novembre 2018, l’Autorité Bancaire Européenne (EBA) a publié les derniers résultats de test de résistance. C’est l’occasion de faire un point sur cette notion qui concerne aujourd’hui toutes les institutions financières.

Pourquoi teste-t-on des résistances en finance (rien à voir avec l’électricité) ?
Même si cela rappelle les cours de physique au collège, nous évoquons ici les tests de résistance bancaire, aussi connus sous leur nom anglais « Stress Tests ». Toutefois les situations peuvent se ressembler, attention à ne pas « griller les fusibles ».

Un test de résistance, c’est l’analyse des conséquences d’un scénario catastrophe suite à un événement important (par exemple un crash financier …)

Les banques sont tenues d’effectuer régulièrement ces tests de résistances afin de prouver leur capacité à encaisser les chocs, qui peuvent être :

  • économiques (baisse de la croissance, instabilité économique),
  • politiques (période de guerre, instabilité du pouvoir),
  • ou même réglementaires (durcissement de la réglementation sur les risques).

Ces demandes peuvent être internes ou à l’initiative d’un régulateur indépendant (ACPR, EBA, FMI,…).

L’objectif est d’éviter de reproduire une situation équivalente à la crise post-faillite de Lehman Brothers (crise des subprimes) et de pouvoir évaluer la situation financière d’un établissement, voire du secteur, après un choc d’envergure.
Concrètement, il s’agit d’estimer le ratio de solvabilité qui détermine les fonds propres nécessaires à un établissement financier pour compenser la perte occasionnée lors d’un scénario catastrophe.

C’est l’équivalent d’un crash-test pour un véhicule : Peut-il absorber un gros choc ?

Le périmètre d’un test de résistance peut porter sur la totalité des encours ou plus particulièrement sur un métier ou un produit financier donné.

Lors d’un test de résistance par une autorité réglementaire, l’établissement financier reçoit 2 scénarios de la part du régulateur :

  • scénario normal (basé sur les prévisions économiques)
  • scénario « stressé », avec une vision très pessimiste

Un test de résistance mesure ainsi le risque de solvabilité, mais aussi le risque de liquidité et autres effets de débordements. La méthodologie varie d’un test à l’autre.

L’alerte au feu ne sonne pas uniquement lorsque l’incendie est là !

Au-delà d’identifier les vulnérabilités, ces tests peuvent aussi servir à gérer une crise soudaine en se préparant à ce type de scénario. Cela ressemble à un exercice d’évacuation incendie. L’exercice a souvent lieu au pire moment, mais ces simulations sont nécessaires pour limiter les risques de panique si une catastrophe survenait …

Le régulateur va aussi juger de la capacité d’une banque à pouvoir fournir un grand nombre d’informations, en assurer la qualité et répondre à divers audits. C’est pourquoi les tests sont très chronophages mais avec des délais généralement très courts.

D’accord, mais il y a déjà les indicateurs Bâlois…

Les accords de Bâle, dont la première version date de 1988, mettent en avant les prémices d’une sécurisation de la solvabilité des établissements financiers en contrôlant un ratio minimal de fond propre par rapport aux encours (ratio de Cooke). Les différentes crises bancaires, et notamment celle de 2008 dans les établissements financiers américains amènent un renforcement continu de ces réglementations.

Les grandes banques internationales ont ainsi mis en place des tests de résistance dès les années 90, et cela est rendu obligatoire par les accords de Bâle sur la révision de 1996 sur les nouveaux risques “hors-bilan”. Jusqu’en 2007, ceux-ci sont menés uniquement par les banques en mode d’auto-évaluation. Les régulateurs gouvernementaux ont commencé ensuite à les imposer dans chaque pays. Depuis 2009, l’ESFS (Système Européen de Supervision Financière) puis l’EBA (Autorité Bancaire Européenne) ont entre autres pour mission de piloter ces tests à l’échelle de l’UE.

Les résultats du 2 novembre 2018, portent sur quoi ?

Début 2018, l’EBA a lancé la 3e vague de tests de résistance sur 48 banques de l’Union Européenne (70% des actifs bancaires de l’UE). La première vague a eu lieu en 2014 puis la seconde en 2016.

4 risques systémiques principaux sont mis en avant par l’EBA :

  • le marché (chute des actifs à haute valorisation)
  • un aggravement de la récession dans des états déjà fragilisés (Italie, Portugal, Grèce notamment)
  • une augmentation des taux de crédits pesant sur la dette publique et celle des entreprises
  • la diminution des valeurs des liquidités « non-bancaires » telles que l’assurance-vie

Si l’un de ces risques se déclenche, c’est l’effet domino : le but est de vérifier la base des dominos et d’éviter l’enchaînement en cascade.

Le scénario stress prévoit 2 années de forte récession dans l’UE en 2018 et 2019 (respectivement -1.2% et -2.2%), suivi d’une très légère croissance en 2020. Comparé aux prévisions normales, cela se traduit donc par :

  • une diminution du PIB de 8.3% en 2020 par rapport aux prévisions de croissance
  • un taux de chômage dans la zone euro qui augmenterait de 3.3 points
  • un écroulement de l’immobilier de 27.7%
  • une inflation en berne

Il s’agit donc d’une vision économique extrêmement défavorable, dans un contexte de «Brexit ». De plus, les nouvelles normes comptables IFRS9 sont incluses pour la première fois dans ces tests.

Tout va très bien, Madame la Marquise !

En ce début novembre, les résultats viennent donc d’être publiés par l’EBA. Ils sont plutôt encourageants par rapport à la première vague où 20% des banques étaient recalées pour cause de déficit de fond propre à horizon 2016 (notamment en Italie, Chypre et Grèce).

La seconde vague avait été meilleure avec un ratio global qui démontrait une bonne résilience dans le secteur bancaire, mais n’avait pas de seuil limite par établissement sur le ratio de solvabilité. Aucune banque ne pouvait donc échouer. Le ratio était de 9.4% au global.

Pour cette troisième vague, le principal enseignement est le respect, par toutes les banques, du ratio de solvabilité (ratio dit « CET1 fully loaded » = fonds propres durs1) fixé à 5.5% après le scénario “catastrophe”.

La banque la moins résistante, la Barclays, présente un ratio de 6.4%. Son concurrent anglais, la Llyods, ainsi que certains établissements italiens (Banco BPM et UBI) figurent également parmi les plus fragiles. En France, les banques s’en sortent globalement très bien par rapport à leurs homologues européens.

La situation actuelle du ratio CET1 est en bleu, la prévision du ratio en 2020 selon les prévisions économiques actuelles en orange, et la prévision du ratio en 2020 pour le scénario catastrophe en gris. La ligne rouge définit la limite définie par l’EBA en dessous duquel le test pour l’établissement est considéré comme étant en échec.

Autre enseignement : la moyenne européenne du ratio de solvabilité est située à 10.1%, soit 1.1 point de mieux qu’en 2016. Les banques ont davantage axé leurs efforts sur le risque de solvabilité, et ont donc augmenté leurs capitaux propres.

L’analyse porte, ici, uniquement sur le risque de solvabilité CET1, qui est l’un des objectifs mis en avant actuellement, mais d’autres indicateurs sont aussi intéressants comme l’analyse des ratios de levier (exigence de Bâle III située à 3%).

Les résultats complets sont ici.

Les limites des tests de résistances …

Des tests de résistances existaient avant la crise de 2008 mais n’avaient rien décelé de sensible.

Le FMI a affirmé à cette époque que le système islandais était sain et robuste (« resilient »), l’histoire montrant ensuite une grosse fragilité de ses banques …

Les tests de résistances internes (méthode ascendante) sont plus proches du modèle de l’établissement et prennent en compte ses spécificités. Toutefois, ils sont sans cohérence avec les autres établissements, ce qui en rend difficile l’interprétation globale.
Les tests de résistance dirigés par un régulateur (méthode descendante) permettent cette cohérence, mais sont moins précis sur les particularités de l’établissement (grand dénominateur commun et donc difficulté à réaliser une modélisation réelle).

En conclusion, ces tests fournissent un outil financier important pour les banques et les autorités. L’évolution de leurs modèles améliorera l’analyse des établissements et par conséquent leurs performances.

Pour aller plus loin : Critique du régulateur (patron de l’EBA) sur les derniers stress tests – https://www.lesechos.fr/finance-marches/banque-assurances/0600152568461-le-regulateur-des-banques-europeennes-critique-les-recents-stress-tests-2222104.php

Par Stéphane Guille-Villy, consultant risques chez BI consulting

1Pour en savoir plus sur le ratio CET1 “Common Equity Tier 1” : http://www.lesclespourcomprendre.fr/article/le-cet-1/

 

Sources :

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