Les évolutions actuelles de la BI : vers un changement de paradigme (1re partie) ?

A bien des égards, la Business Intelligence connait depuis maintenant plusieurs années de grands bouleversements. Nous allons tenter d’analyser ces changements et identifier leurs éventuels impacts sur la pratique même du décisionnel. 

 

Dans cette première partie,  nous allons nous intéresser aux changements qui ont eu lieu, depuis le milieu des années  2000, dans le marché des offres logicielles BI aux travers de cinq phénomènes marquants.

 

1er phénomène : une mutation aboutissant à la naissance de géants de la BI

Ce phénomène, qui a débuté il y a presque 10 ans, tend à s’essouffler. Durant cette période, on a vu les éditeurs souhaitant jouer (et ayant les moyens d’y parvenir) un rôle important sur le marché du logiciel BI participer à une course aux acquisitions / rachats ayant pour conséquence une concentration des éditeurs. On peut citer, par exemple, Ascential (éditeur de l’ETL DataStage) qui a été racheté par IBM en 2005, les français Business Object et Kxen qui ont été rachetés par SAP en 2007 et 2013 ou encore Hyperion (éditeur de la solution du même nom et de EssBase) qui a été racheté par ORACLE en 2007.

Nous sommes désormais en présence de 4 « Géants » du logiciel BI : IBM, ORACLE, SAP et MICROSOFT. Ces 4 éditeurs disposent tous d’une offre complète sur chacune des fonctions clés et pour la plupart intégrée dans des plateformes BI ; à savoir un ETL, un SGBD « universel », une Appliance et des outils de restitution variés.

Le tableau de synthèse suivant illustre la palette des offres logicielles de ces 4 éditeurs :

L’une des conséquences de cette concentration est la globalisation des politiques d’achats de certains grands comptes qui peut se traduire dans certains cas par une certaine « captivité ».

 

2ème phénomène : quelques spécialistes parviennent malgré tout à consolider leur position

Face à ces géants, quelques grands spécialistes historiques font mieux que résister. On peut citer SAS dans le Data Mining, Informatica pour les ETL, Teradata pour les Appliances ou MicroStrategy pour l’analyse de données.

Ces éditeurs ne doivent être laissés de côté du seul fait de leur spécialisation. Leurs offres méritent d’être considérées car au contraire des généralistes, ils restent centrés sur leur métier et parviennent à entretenir un processus d’amélioration continue de leur solution.

 

3ème phénomène : l’émergence d’outils « hybride » de manipulation de données

Cette nouvelle génération d’outils innovants offre aux utilisateurs en demande de « découverte de leurs données » des moyens de visualisation puissants et faciles à mettre en œuvre ; on parle souvent de « Data Vizualisation » ou « Data Viz ».

Ce phénomène ne peut plus être considéré comme une mode passagère mais bien comme une tendance durable. Pour s’en convaincre, il suffit d’observer le nombre d’outils proposés à la fois par les éditeurs historiques mais aussi par de nouveaux acteurs qui tentent de bousculer l’ordre établi sur ce segment.

La clé du succès est simple :

• Ergonomie : autonomie des utilisateurs finaux grâce à des fonctions de design

• Agilité : rapprochement de données issues de sources multiples et aux formes variées

• Performances : généralisation du In-memory consistant à monter en mémoire d’importants volumes de données pour permettre des manipulations complexes en temps réel.

Ces outils brouillent les cartes entre directions IT et métiers. De fait, une problématique apparait : la redéfinition de la gouvernance BI. En effet, celle-ci doit être remise à plat afin d’établir les nouveaux rôles et responsabilités de chacun.

 

4ème phénomène : des offres « alternatives » devenues respectables mais qui connaissent des réussites diverses

Force est de constater qu’il s’agit encore d’un phénomène marginal dans la BI des établissements financiers ; cependant, il n’en est pas moins vrai que les offres « open sources et / ou gratuites (en partie au moins) » sont aujourd’hui performantes et qu’elles font partie intégrante du paysage.

L’exemple le plus probant est sans doute celui de Talend qui offre une très bonne alternative aux 2 leaders historiques que sont Informatica et DataStage.

Un des grands atouts de ces outils est la capacité qu’ils offrent aux entreprises de les expérimenter dans des conditions réelles à moindre coût.

 

5ème phénomène : le challenge des Big Data

En dépit des perspectives offertes par les Big Data, les applications concrètes peinent encore à émerger. Néanmoins, seules deux questions subsistent : « Quand » et « Comment » ces architectures Big Data s’intégreront-elles dans les SI actuels et plus particulièrement les SI décisionnels ?

Ainsi, pour toutes les entreprises, y compris pour celles qui ne souhaitent pas se lancer dans l’aventure immédiatement, il semble important d’intégrer les Big Data dans leurs réflexions stratégiques afin de garantir une bonne réactivité au moment voulu.

 

En conclusion, peut-on dire que ces changements modifient la pratique même de la Business Intelligence ?

La pratique décisionnelle a bien évolué en 10 ans sous l’impulsion d’une offre logicielle toujours plus innovante et dynamique. Néanmoins, plus qu’une remise en cause des pratiques initiales, il s’agit d’une évolution d’un modèle dans lequel de nombreuses lignes bougent mais où les fondamentaux restent inchangés.

Dire qu’un système unique de synthèse qui s’appuie sur un langage commun restera toujours plus facile à maintenir et à utiliser, quelles que soient les performances des outils sur lequel il s’appuie, n’est pas du dogmatisme mais du bon sens. En clair, il est toujours utile d’avoir des données organisées et intelligibles.

Les entreprises doivent faire les bons choix aujourd’hui pour ne pas hypothéquer leur système d’information décisionnel de demain. Elles doivent s’appuyer sur une stratégie à long terme autour d’un socle décisionnel modulaire, évolutif et agile.

Fort de son expérience de plus de 10 ans dans la construction de Systèmes d’informations Décisionnels d’établissements financiers, BI consulting accompagne ses clients dans cet ambitieux challenge en prenant part à l’évaluation de leurs existants (identification de leurs forces et faiblesses), la définition de schémas directeurs BI à moyen et long termes, l’établissement de règles de gouvernance (comme la mise en place d’une gouvernance financière avec la généralisation de la notion de dette technique), la proposition de roadmap de transformation, le choix d’outils (réalisation de benchmark et de POC) et la mise en œuvre de projets d’évolution.

En 2014, le risque de choisir un mauvais outil est devenu faible au regard du risque de mauvaises stratégies.

Dany M.